Les dirigeants

Interview des dirigeants

Comment se définit le caractère familial de l’entreprise Turpeau ?

dirigeants Turpeau

Florent Turpeau : « L’entreprise Turpeau est une entreprise familiale éponyme créée en 1923. L’actionnariat reste dans un cercle familial très restreint. Si je suis aujourd’hui le seul de la quatrième génération à être dans la peinture, cela n’a pas toujours été le cas. Hormis pour la génération de mon arrière-grand-père, Paul, et la mienne, il y a eu plusieurs membres par génération à s’intéresser à ce métier. A tel point que dans les années 1980, il y avait quatre entreprises de peinture dirigées par un membre de la famille. Bien qu’aujourd’hui, les savoir-faire de l’entreprise se soient diversifiés, notre nom est toujours associé à la peinture. »

On entend parler de succession aussi bien au sein de votre entreprise qu’en dehors de celle-ci. Cette transmission se fera dans les cinq prochaines années, comment l’appréhendez-vous ?

Gil Turpeau : « Je l’appréhende avec sérénité. La transmission d’une société est une étape importante, délicate, mais nécessaire. Elle amène un nouveau projet porteur d’espoir et d’avenir. Je pense que le chef d’entreprise doit savoir passer le témoin comme dans une course de relais car une chose est sûre : le pouvoir use. Nous grandissons et vivons avec notre époque, ensuite il nous faut organiser l’après. En tant que chef d’entreprise, notre dernier rôle professionnel à jouer est celui de transmettre l’entreprise dans les meilleures conditions. Dans une entreprise familiale comme la nôtre, ce rôle de transmission a toujours été intégré : nous ne sommes que les porteurs d’un témoin. »

Florent, vous êtes donc la quatrième génération à reprendre l’entreprise, comment vit-on avec le poids de ses prédécesseurs ?

Florent Turpeau : « Ce n’est pas un poids, je ne le vis pas comme tel. C’est quelque chose qui coule dans mes veines, un mélange de fierté et d’humilité. Je me suis rendu compte en effectuant le travail de recherche historique pour le site internet que lorsque je parlais de l’histoire de l’entreprise, je racontais l’histoire de ma famille. Aujourd’hui mon rôle est de rendre cette double lecture claire (entreprise et famille) et de permettre à chaque collaborateur de se l’approprier.
Cela fait plus de dix ans que je travaille dans l’entreprise et cela ne fait pourtant qu’un an que je me suis positionné pour la reprendre. Avec mon père nous nous sommes « trouvés » l’un l’autre pour cette transmission et malgré les apparences, cela n’était pas écrit. Nous sommes comme deux coureurs de relais exactement au moment du passage du témoin. C’est un instant d’émotions fortes, intense et extrêmement riche pour tous les deux. Ma mission maintenant est d’accompagner l’entreprise jusqu’au prochain coureur et je ne le connais pas encore, mais j’ai un peu de temps devant moi… »

Comment définiriez-vous votre style de management ? En quoi est-il différent de ceux qui vous ont précédés ?

Florent Turpeau : « Nous privilégions bien entendu un management de proximité. Ce n’est pas un mythe, dans le bâtiment nous avons un franc parlé qui ne laisse aucune place aux insinuations ni aux rancunes. Bien que ma porte reste ouverte à toutes les causes, je n’attends pas que mes collaborateurs entrent dans mon bureau pour les écouter, je vais au-devant de chacun d’eux pour affirmer ma confiance et ma reconnaissance. J’appelle cela le management de dépôt, ce qui correspond à une mise en route matinale quotidienne. Là encore le mythe correspond bien à la réalité, le milieu du bâtiment démarre aux aurores.

Ce qui diffère … ? À vrai dire je n’ai jamais connu mon arrière-grand-père, et je n’ai jamais vu mon grand-père dans son rôle d’entrepreneur, alors la comparaison ne me semble pas pertinente. Je me dis qu’ils ont certainement adopté un style de management adapté à leur époque. Sans cela, l’entreprise ne serait peut-être pas arrivée jusqu’à moi… Et avec mon père, nous avons des atomes crochus. Voilà ce que je peux vous dire. »

L’innovation est-elle toujours possible dans votre secteur d’activité ? Quelle est votre vision des évolutions à venir ?

Gil Turpeau : « Bien sûr, l’innovation est possible et restera le moyen le plus important pour assurer notre pérennité. Nous devons toujours avoir une avance technologique afin de nous distinguer de la concurrence en apportant des solutions adaptées à de nouvelles demandes et à un nouvel environnement. Aujourd’hui, nous associons recherche et développement pour répondre à la problématique amiante et pour amener de nouvelles techniques d’application de la peinture en respectant l’environnement. »

Quel seront, selon vous, les défis de demain pour votre entreprise ?

Florent Turpeau : « L’un des principaux défis pour notre entreprise sera la transmission des savoir-faire entre génération. Nous devons continuer à rendre nos métiers attrayants et mettre en avant le fait que chaque chantier est un défi. Il y a une vraie satisfaction du travail accompli, du travail bien fait, d’un client heureux. Nous y travaillons déjà en favorisant la formation des enfants de nos compagnons dans notre entreprise.

Un autre point sur lequel je m’interroge est : quelle sera la place de la rénovation dans le quotidien de nos clients de demain ? Il est vraie que nous évoluons dans un contexte d’entreprise familiale ou la notion de transmission, nous l’avons vu, est forte. Entretenir, rénover, voilà des termes qui définissent nos métiers et qui sont tout autant attachés aux notions de transmission, de pérennité et de patrimoine. Ces mots qui inscrivent notre raison d’être dans la durée auront-ils un écho sur les jeunes générations, clients de demain ?

Il y a aussi des défis de terrain mais non des moindres. L’entreprise va accompagner la transition énergétique qui se profile et c’est d’ailleurs le cas pour ce qui est de l’Isolation Thermique par l’Extérieur. La mode a remis ce système au goût du jour mais cela fait 30 ans que nous en posons. Réduire notre impact environnemental fait partie des enjeux dans un futur proche. Nous avons pourtant déjà plusieurs actions en place comme le traitement des restes de peinture, le recyclage des papiers et cartons, des déchets bois… C’est un domaine où il y a toujours quelque chose à faire. »